Présentation de trois interventions réalisées par l’ADRAP :
texte paru dans le Bulletin de psychologie, tome 65, n° 519, mai-juin 2012

 

 

GROUPES D’USAGERS, SOUFFRANCE ET CREATIVITE

 

Autour de trois interventions sociopsychanalytiques

 

 

Jean-Luc Prades

                                            

 

                  On fait des gestes, on dit des mots machinalement.
                            C’est nous les machines et eux les objets qui passent par elles.

 Une employée de Maison de retraite

                                      

 

                                                                                                                   

   L’intervention sociopsychanalytique  (SP), comme la psychanalyse, est avant tout affaire de parole[1]. La concertation et la communication, deux volets essentiels du Dispositif Institutionnel (DI), s’appuient sur  la verbalisation collective.  Dès lors, une première question se pose quant à sa pertinence lorsque la parole des participants est affectée par l’âge ou le handicap, caractéristiques qui altèrent plus ou moins leur capacité à verbaliser. A cette question, nous avons été amené à donner ailleurs une réponse positive (Prades, 2006).

   Autre question : si on considère que la souffrance est consubstantielle du fonctionnement des établissements sociaux et médico-sociaux (en raison de la nature de leur activité, des pathologies des personnes accueillies  et de l’organisation actuelle du travail[2]), quelle  est l’efficience du dispositif dont nous parlons face à cette souffrance ?

   Par ailleurs, les groupes constitués « d’usagers » (pour employer le vocabulaire des travailleurs sociaux) sont précisément à la limite du DI qui concerne d’habitude principalement les personnes travaillant dans les établissements. C’est pourtant la particularité de ce texte que de s’intéresser à eux à la lumière du récit de trois interventions réalisées par le groupe ADRAP[3]. Nous décrirons sommairement, dans un premier temps, cette forme d’intervention[4] avant d’en montrer les spécificités d’application dans une Maison d’Enfants, dans une Maison de retraite et dans une institution médico-sociale (Prades, 2006).   Notre hypothèse, quant à l’articulation entre souffrance et créativité, est que seule la mise en œuvre de dispositifs idoines permet de minorer les tendances lourdes annihilant les ressources des sujets, les ressources profondes de leur personnalité qui sont comme happées par un environnement peu propice à leur développement. Etant entendu que contribuer à développer le potentiel des forces vives des sujets ne garantie pas mécaniquement la suppression de toute souffrance. Mais sans doute, les signes de cette souffrance  pourront-ils alors  se conjuguer avec d’autres, impulsant des formes  d’être différentes et nouvelles.

 

Disons-le : le Dispositif Institutionnel introduit un nouveau rapport au réel (si on  suppose  que le rapport à la réalité extérieure de tout individu s’opère à partir de son rapport actif au monde[5]). Ce faisant, il produit par lui-même des changements comme toute intervention[6] à ceci près que la SP, comme probablement d’autres courants de l’intervention psychosociologique (Mendel, Prades, 2002), sait très précisément lesquels elle vise. En tant que dispositif construit préalablement à l’intervention, elle concerne effectivement une modification particulière et exclusive du sujet vers sa capacité à avoir davantage de pouvoir sur ses actes. Sa motivation, sa responsabilité et sa créativité s’en trouveront progressivement majorées. Il y faut du temps. C’est pourquoi l’intervention sociopsychanalytique a la spécificité d’être au long cours. Elle est mise en place pour durer, pour  permettre aux sujets des groupes, au fil du temps,  de développer leur psychosocialité. C’est pourquoi aussi, les processus conduisant au changement ne sont repérables que dans le temps. « Les effets ne sont pas visibles dans l’instant », dit le directeur d’une maison de retraite où le DI existe depuis dix ans[7]. « Ils sont visibles, poursuit-il, au fil des semaines, des mois, des années ». Le DI a pu faire reconnaître, «  un à un, dans la réalité du travail quotidien, les problèmes tels qu’ils étaient, et proposé qu’ils puissent être pensés collectivement. Petit à petit, et tout au long de ses dix années, le DI a signalé le chemin à suivre, a indiqué le cap vers une responsabilité plus grande illustrée par une diminution du turn-over et de l’absentéisme, par de la créativité collective (création de deux journaux et de certaines formes de réunions), par le développement de l’animation et des activités socioculturelles (expositions, ateliers manuels, sorties, voyages…), par la diminution de la consommation de médicaments… ».

  

Le Dispositif Institutionnel (DI) en sociopsychanalyse

 

Organisation du travail et dispositif institutionnel

 L’intervention sociopsychanalytique prend la forme d’un Dispositif Institutionnel (appelé aussi DIM : Dispositif Institutionnel Mendel) qui se caractérise par la constitution de groupes homogènes (de métier) découpés dans l’organigramme de l’établissement et par une communication indirecte des groupes entre eux, le plus souvent par le biais de comptes-rendus écrits. Quatre ou cinq fois par an, les groupes se réunissent : chacun établit un ordre du jour concernant exclusivement l’acte de travail ; deux ou trois thèmes sont ainsi évoqués, font l’objet d’une concertation intra-groupe approfondie pour déboucher sur une communication intergroupes par la rédaction collective, en fin de séance, d’une communication écrite diffusée à la fin du cycle[8] à chacun des participants. Cette concertation, véritable lieu d’élaboration collective entre pairs, ne doit pas être confondue avec la communication entre groupes. Cette dernière, qui ne consiste pas seulement à échanger des informations, permet (via le va-et-vient de questions-réponses écrites) l’échange argumenté puis, progressivement, l’appréhension de points de vue différents sur le travail dans l’établissement, contribuant ainsi à l’accès de chacun et de tous à l’acte entier de l’institution.

L’idée de départ de la SP était d’essayer de rendre compte de l’influence du fait social sur la psychologie individuelle. Au plan pratique, le but du DI (le fait social) est de neutraliser un moment les forces de l’organisation du travail (et ses divisions technique, sociale, hiérarchique et institutionnelle) afin de permettre au « mouvement d’appropriation de l’acte » (conduisant le sujet à souhaiter mieux maîtriser ses actes et ses effets) de se manifester. Il s’agit, rappelons-le, de contribuer à accroître le pouvoir des gens sur leurs actes[9]. Le concept « d’actepouvoir » rend compte du développement de mouvements psychologiques de sens contraires selon que le sujet possède plus ou moins de pouvoir sur son acte, y compris professionnel. L’absence de pouvoir sur ce que l’on fait tend à la régression, au désintérêt, à la souffrance, à la « pétrification de la personnalité » (Moreau, 1984). Tout au contraire, situation plus rare, le pouvoir sur son acte génère plaisir, responsabilité, créativité.

Disons-le d’emblée : souffrance et plaisir, régression et créativité, inertie et responsabilité, dépendance et autonomie (l’énumération n’est pas exhaustive) sont inséparables dans l’observation de la clinique sociopsychanalytique.

Aussi, le DI agira-t-il sur la psychologie des participants via la modification progressive de l’organisation du travail. C’est par le travail de ces derniers, puisant dans la dynamique du groupe homogène les capacités collectives d’élaboration bien supérieures à celles que chacun d’entre eux possède individuellement, que ce changement s’avère possible.

D’une part, les groupes homogènes permettent l’expression et l’élaboration entre pairs, en contournant le face à face hiérarchique ; d’autre part, la communication entre les groupes donne accès à « l’acte entier » de l’institution (abord que la division du travail empêche). L’intervention apparaît comme une critique en actes de l’organisation du travail post-taylorienne et de ses divisions que l’organigramme traduit. La hiérarchie et la délégation en sont les principes intangibles. Le DI est un autre organigramme qui contribue à construire un autre contexte social plus adéquat au développement psychosocial puisqu’il contourne les principes que nous venons d’évoquer. On peut par conséquent espérer (et c’est ce que nous constatons invariablement) que les contraintes rendant captifs les salariés se relâchent  progressivement (au moins pendant le temps de l’intervention) et que se libèrent les capacités enfouies et la créativité que chacun d’entre nous possède, empêchés que nous sommes le plus souvent de les affirmer.

 

Salariés et usagers

Ces groupes sont constitués de ceux qui travaillent : les élèves (parfois les enseignants) dans un établissement scolaire ; les salariés d’une association; les salariés d’une entreprise, pas les actionnaires. Cependant, nous allons voir dans les monographies qui suivent que des groupes d’usagers ont été ajoutés : groupe d’enfants dans une Maison d’Enfants ; groupe de résidents dans une Maison de retraite ; groupe de personnes handicapées dans une institution médico-sociale. Si l’intervention concerne l’acte de travail et donc ceux qui travaillent, est apparue la demande d’intégrer au DI d’autres groupes : usagers, familles, bénévoles[10].

Les personnes qui résident dans les établissements d’internat sont souvent en nombre plus grand que celui des salariés ; elles n’apparaissent pas dans l’organigramme. Elles n’en subissent pas moins les effets négatifs des divisions de l’organisation du travail. Aux dysfonctionnements, turn-over, souffrance au travail …font écho violence et maltraitance que les résidents sont parfois amenés à vivre en silence. Le DI leur donne la parole dans un cadre libre et collectif. Car, n’oublions pas que « ce qui rend les souffrances plus douloureuses encore, c’est qu’elles sont vécues comme des défaillances individuelles[11] », dans le travail mais aussi ailleurs.

Le texte qui suit tentera de mettre en lumière quelques effets  de l’apparition de ces groupes. Quels sont-ils sur ceux qui vivent dans les institutions: les résidents dans un Maison de retraite, des personnes handicapées dans une Maison d’Accueil Spécialisée, des enfants placés dans un établissement spécialisé ? Ces personnes, parce qu’elles ont le statut de handicapées, parce qu’elles sont mineures ou parce qu’elles sont très âgées, sont dépendantes en particulier du personnel éducatif et soignant qui en a la charge.  On ne saurait négliger cette asymétrie dans la relation pour comprendre l’intérêt de la participation pour ces personnes à un dispositif qui prévoit des groupes homogènes : il est le seul moment où elles pourront s’exprimer collectivement (anonymat) et en dehors des personnes dont elles dépendent.

 

 

Dans une maison de retraite[12] : la parole aux « habitants »

Des résidents aux habitants

    L’intervention dans cette Maison de retraite a débuté en 1995 et s’est arrêtée en 2005 après la réalisation du 31ème cycle[13]. Un cycle sur deux y était alors réalisé sans intervenant (sauf au sein du groupe « Comité de pilotage », groupe «résidents » et groupe « familles »)[14] : les participants étaient donc capables de s’en passer démontrant une certaine autonomie.

Nous constations en 1999 que «  consulter les résidents d’une institution est inhabituel » dans une démarche s’adressant aux salariés. Ces derniers acquièrent « la possibilité d’avoir une existence sociale au lieu d’une existence infra-sociale d’assistés ». Nous remarquions aussi: « peu à peu, l’expression des résidents s’est ouverte ; une certaine langue de bois était de rigueur au début de l’intervention ; les personnes avaient peur de parler de crainte de subir des représailles ultérieures. Les résidents se sont rendus compte que de parler les problèmes sous une forme écrite acceptable pouvait permettre de changer les choses ou, que si le changement n’intervenait pas, le fait d’exprimer ces problèmes les rendait moins douloureux. ». Pouvoir exprimer des plaintes ou des critiques toujours argumentées et illustrées d’exemples précis, des propositions ou des encouragements, rend les résidents davantage acteurs de leur vie et  moins isolés, là, dans un lieu vécu souvent comme l’anti-chambre de la mort. Maison apparaissant comme  séparée d’eux, où ils ont souvent le sentiment de n’avoir plus droit à la parole, à l’existence sociale. Le fait que leurs requêtes donnent lieu à des améliorations dans la vie quotidienne (la qualité des repas, des services, de l’animation, des relations avec le personnel) ou au moins à des réponses précises de la part de la direction rend leur vie moins difficile ne serait-ce que par l’élimination des rumeurs, des malentendus et des fantasmes. Sans doute, la parole n’a-t-elle jamais à elle seule éliminé la souffrance ? Mais la verbalisation prouve leur existence en tant qu’être humain en rompant avec des situations de désoeuvrement et donc de souffrance liées « aux empêchements du développement des activités » (Clot, 1999). Mais, nous ne le dirons jamais assez, cette parole s’exprime dans un cadre particulier (le DI) et à propos d’un objet particulier (le travail ou la vie institutionnelle), cadre et objet structurant le groupe dans le sens du développement psychosocial qui doit davantage à la logique du dispositif qu’au talent de l’intervenant.

 

Désir d’agir et mouvement d’appropriation de l’acte

 

    Ecoutons un personnel soignant : « Madame S. me sourit et m’explique par ses mimiques ce qu’elle veut, où elle souhaite que je déplace tel ou tel objet. La plupart du temps, nous nous comprenons. Parfois, elle me regarde dans les yeux et l’expression de son visage se fait suppliante. Elle me fait comprendre qu’il faut encore que je l’aide et ça lui pèse. Dans ces moments douloureux, je n’arrive pas toujours à décoder le message qu’elle voudrait me faire parvenir. Je l’observe attentivement, je regarde et j’essaie d’imaginer ce qui lui manque ». Là, cohabiteraient souffrance et imagination.

Il faut imaginer. Du côté du personnel mais aussi du côté des résidents.

Là même où pour se comprendre la parole fait parfois défaut, l’imagination, l’invention et la créativité existent pourtant comme ultime pied de nez au drame de l’incommunicabilité. Et les comptes-rendus écrits des résidents portent la marque de leur désir d’avoir davantage de pouvoir sur ce qu’ils font malgré la conscience qu’ils ont souvent que, comme le dira une résidente : « tout nous échappe ». Quelques exemples : le « groupe résidents » réclame une aide « parce qu’il souhaiterait pouvoir raccommoder, réparer et coudre » (Cycle 2). Il désirait qu’on « ne porte pas les repas salés et poivrés mais qu’au contraire chacun puisse en ajouter à sa guise » (cycle 3). « Demande est faite que la poubelle soit remise au fond du couloir afin qu’ils puissent y déposer eux-mêmes ce qu’ils ont à jeter… ». Ou bien : « Il faudrait faire accorder le piano, car des résidents souhaitent pouvoir en jouer et créer une animation » (cycle 4). « Les résidents souhaitent participer au Téléthon » (Cycle 5). « A la place de la télévision, les résidents seraient heureux de l’achat d’un grand écran ». Ils suggèrent « de s’organiser par petits groupes et organiser des séances de scrabble » ou : « Dans la perspective des futurs travaux d’aménagement, nous proposons qu’une étude soit menée pour que les enfants du personnel puissent être accueillis sous forme de garderie le mercredi » (cycle 6). Pas une séance où le désir d’agir sur la réalité extérieure n’apparaisse, car l’autre nom de ce désir, l’actepouvoir, participe de leur identité. Le « mouvement d’appropriation de l’acte » conduit l’être humain « à chercher à être maître d’une des réalités qui construisent sa vie : celle de ses actes. Le registre psychique fondamental en jeu est pour Mendel celui découvert par Winnicott du « trouver-créer », tel qu’il s’opère pour l’enfant au sein de l’aire transitionnelle, moment du développement humain d’où naîtra la créativité (…) » (Rueff-Escoubès, 2008). La recherche du contrôle du processus de l’acte et celle de l’appropriation de ces effets apparaît comme un processus essentiel de la construction de l’identité. Pour construire sa vie, l’homme ne doit-il pas envisager de « maîtriser ses actes » un temps soi peu pour leur donner du sens, sens qu’il lui appartient d’inventer (Mendel, 2004) ?

 

Une lutte contre la chosification

     Avec le recul du temps, trois remarques peuvent être exprimées. La première concerne la création de ce groupe. Le groupe « Résidents » a été créé dès le début de l’intervention : il nous a semblé que la démarche visant à responsabiliser le personnel exigeait l’implication des résidents. Il est ouvert à tous (soixante résidents) : entre douze et vingt résidents y participent à chaque séance.  Cette participation au DI offre toutefois des spécificités puisqu’ils n’ont pas accès à l’ensemble des comptes-rendus des autres groupes mais seulement aux réponses qui leur sont destinées[15]. La deuxième remarque vise le fonctionnement de ce groupe qui, comme les autres, s’appuie sur le volontariat : depuis dix ans, il y a toujours des volontaires (et nombreux) qui ne sont pas toujours les mêmes alors même qu’aucune incitation particulière de la part du personnel n’est préconisée. Ces volontaires sont en général parmi les plus actifs de la Maison ; ils possèdent leurs facultés mentales, ce qui facilite beaucoup le travail de l’intervenant qui n’a pas  à « traduire » ou à interpréter des propos comme il aurait à le faire avec des personnes séniles ou démentes, par exemple. Les problèmes soulevés se réfèrent donc souvent à ceux qui les évoquent. Pourtant, par le fait même qu’ils sont discutés par tout le personnel, ils sont presque systématiquement ramenés et élargis à l’ensemble des résidents, valides ou dépendants. Les références dans les comptes-rendus aux différences dans l’autonomie des résidents sont récurrentes. La troisième remarque est relative aux effets du « travail » de ce groupe : au fil du temps, il est apparu que la parole de ce groupe a pris de plus en plus d’importance pour les autres groupes induisant une certaine centration de la réflexion sur les résidents,  sur leur bien-être, donnant une place prépondérante à « l’humanisation » de la Maison. Une façon de les considérer comme des sujets et donc de lutter contre une tendance lourde à la « chosification »[16].

Une stagiaire, en formation d’Aide Médico-Psychologique (AMP), dit : « Nous avons tellement de travail que nous oublions parfois que nous avons affaire à des personnes. C’est tellement de souffrance aussi, la vieillesse, la maladie et le rythme du travail en plus. On fait des gestes, on dit des mots machinalement. C’est nous les machines et eux les objets qui passent par elles.  C’est grave, quand même ! ». Les séances viennent rompre avec ce rythme qui tend à empêcher les gens, salariés et usagers, de penser ce qu’ils font. « On nous dit de ne pas penser » : tel est le sous-titre d’une enquête réalisée il y a quelques années reprenant les mots d’un ouvrier interrogé (Moreau, 1984). De l’école à l’usine et de l’usine à la Maison de retraite. Il faudrait, si nous en avions la place (ce n’est pas l’objet de ce texte[17]), écrire une généalogie de ce concept de « chosification » en le référant à l’organisation du travail taylorienne puis post-taylorienne en montrant en quoi il traduit des formes de souffrance physiques et psychiques qui n’apparaissent pas comme telles dans les concepts « d’aliénation » (Marx), de « fausse conscience » (Gabel) et de « réification » (Luckacs, Honneth), comme si la philosophie politique n’avait pas accès à leur matérialité que seules découvriraient les sciences cliniques.

 

Dans une institution médico-sociale[18] : la réhabilitation de la personne contre l’enfermement

 

Intervention et enfermement

     Cette deuxième intervention[19] avait pour objectif  « d’améliorer la communication à l’intérieur de l’établissement, de responsabiliser davantage le personnel et favoriser la participation à une réflexion sur le travail éducatif auprès des résidents »[20]. Compte-tenu des spécificités de l’institution, une « phase exploratoire » a été entreprise dont l’analyse des matériaux recueillis a permis de dégager les caractéristiques suivantes : – un travail difficile pour le personnel générant une grande souffrance ; – un degré de handicap important des personnes accueillies les rendant dépendantes pour tous les gestes de la vie quotidienne : difficulté à se déplacer seules ; impossibilité de s’exprimer oralement : situations occasionnant de la souffrance physique et psychique ; – un isolement du à la situation géographique de l’établissement mais aussi à la nature des handicaps rendant délicat une ouverture vers l’extérieur : d’où une probable amplification des phénomènes institutionnels et psychiques liés à l’enfermement[21].

A l’issue de cette phase, sept groupes ont été constitués (trois groupes d’éducateurs, un groupe de surveillants de nuit, un groupe personnel paramédical, un groupe personnel d’entretien et comité de pilotage) et ont pu se réunir une fois par trimestre. Au cours du 8me cycle, il a été proposé la création d’un groupe de résidents composé au départ de trois personnes issues des trois groupes correspondant aux groupes d’éducateurs[22]. Le choix des personnes a été effectué sur la base du volontariat et des capacités des personnes à pouvoir se concentrer et s’exprimer. Les séances durent entre trois quart d’heure et une heure (2 heures pour les autres groupes, 2h30 pour le Comité de pilotage).  A partir du 10me cycle, cinq résidents participaient à cette réunion.

Que peut-on retenir de la lecture des comptes-rendus de ce groupe (rédigés par l’intervenant) ?

Premièrement,  la pratique de l’intervenant est ici particulière : il utilise des cartes à jouer, des dessins, des disques, des photographies, tous les outils susceptibles de développer l’expression y compris non-verbale. En un mot, l’intervenant bricole, là plus qu’ailleurs. Bricolage consubstantiel à toute intervention, même la plus « cadrée » (ce qui est le cas de la SP), parce que toute intervention secrète de l’imprévu en raison du fait qu’elle se déploie dans le réel, parce que toute intervention est un acte (en tant qu’interactivité du sujet et d’une réalité qui lui est extérieure), et « L’acte est une aventure » (Mendel, 1998) : « S’engager dans l’acte, c’est assumer, qu’on le veuille ou non, la liberté menaçante qui découle de l’aventure et du risque de l’acte. Etant entendu qu’une telle acceptation de l’engagement n’est pas libre mais déterminée ».

Même si en SP, la logique de l’intervention doit l’emporter sur celle relevant de la psychologie de l’individu-intervenant (encore faut-il avoir la « distance » suffisante pour respecter cet ordre), il restera toujours une part « bricolée » propre au travail de terrain, à la dimension matérielle de la démarche, au « donné », comme l’a très tôt perçu Claude Levi-Strauss.

C’est pourquoi, deuxièmement, les thèmes les plus souvent abordés concernent les repas, les animations et les sorties, les relations avec les éducateurs… Les formes les plus simples et concrètes de l’existence reprennent  leur droit prédéterminant les réflexions qu’elles inspirent.

Troisièmement : l’intérêt porté par les autres groupes au compte-rendu des résidents. Les éducateurs, plus particulièrement, sont chaque fois étonnés par la pertinence des remarques faites ou des questions posées, par les capacités insoupçonnées des résidents. Un exemple : l’un des résidents, censé ne parler qu’en dormant, la nuit, ne s’exprime exclusivement que pendant les séances. Cette « bizarrerie » en a étonné plus d’un : les éducateurs l’ont mise dans un premier temps sur le compte de l’intervenant jugé plutôt compétent ouvrant à des « sentiments » mitigés à son endroit. C’est plutôt la modification du contexte relationnel (une personne nouvelle, qui vient une fois par trimestre, qui demande à ce que les résidents s’expriment) qui expliquerait le changement comportemental qui fait mentir les diagnostics.                               Le DI ouvre des perspectives à ceux qui vivent l’enfermement psychologique et social. Un autre effet sur les autres groupes, en particulier ceux qui sont en contact quotidien avec les résidents : le fait que l’ADRAP aille directement travailler avec ces personnes lourdement handicapées augmente le capital d’estime à son égard. Les intervenants n’apparaissent plus comme des experts venant tous les trimestres, mais comme « des gens qui vont au charbon comme nous », selon les termes d’une éducatrice. Elle n’est plus la seule à souffrir de la répétition, de ces gestes qu’il faut, heure après heure, jour après jour …refaire à l’identique : « Ce qui est dur, dit la même éducatrice, ce n’est pas tant les handicapés, c’est de faire toujours la même chose ». Là est un des risques du métier.

 

Dispositif et altérité

    Autre risque. Ecoutons ce que dit une éducatrice en formation : « Je me suis aperçue que le polyhandicap  est une situation à très haut risque éthique, offrant de nombreuses occasions de dérapages ». Et de poursuivre : « Alors que j’habillais R., après l’avoir lavé, une professionnelle rentre dans la salle de bain et me dit : alors N., tu parles toute seule ! ». «  Cette phrase, continue la stagiaire, est irrespectueuse et m’a choquée. Elle m’a fait prendre conscience de la dérive dans laquelle le professionnel peut tomber. Elle a tout simplement nié l’humanité de R. en le renvoyant à une dimension végétative ». « R. ne parle pas, il s’exprime par le regard, des mimiques, des sons vocaux non-verbaux, des pleurs ou des sourires…Dans notre culture, seul celui qui parle possède le statut de sujet. L’être polyhandicapé ne parle pas le langage articulé. Il est « infans », celui qui ne parle pas, qui ne possède pas le pouvoir qu’octroie la parole ».

Le fait de créer un groupe dont l’unique fonction est l’expression de ceux qui le composent contribue à la (ré)habilitation du sujet que tout, et particulièrement l’absence de parole ou l’extrême difficulté d’expression verbale, tend à nier. Si la parole est bien le propre de l’homme, ne pas y avoir accès ne suffit pas à vous expulser hors le monde des humains[23]. Le Dispositif, par la séparation qu’il produit d’avec l’accompagnement au quotidien, réintroduit la question de l’altérité qui n’est pas un « donné » de l’institution. Sur ce plan, les injonctions juridiques (Lois 2002.2 et 2005), pas plus que les « recommandations de bonnes pratiques » édictées par le Conseil National de l’Evaluation Sociale et Médico-sociale[24] ne sauraient à elles seules lutter contre les tendances lourdes pouvant conduire à la violence, à la maltraitance, et à la souffrance.

 

Dans une MECS[25] : de l’inquiétude au changement

 

Demande et atypie de l’intervention

    Le premier cycle de l’intervention dans cette Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS)[26] a fait suite à une demande devant permettre à l’équipe éducative « de prendre du recul par rapport aux situations et aux pathologies rencontrées chez les enfants. L’équipe éducative, confrontée à des enfants dont les problématiques paraissent de plus en plus difficiles à comprendre et à assumer, ressent le besoin d’une réflexion approfondie et d’une remise en question  de ses pratiques et de son organisation »[27]. Plusieurs phases ont donné à cette intervention une configuration atypique : – une phase ne comprenant que les groupes d’éducateurs et fonctionnant à un rythme accéléré (séances mensuelles) visant à renforcer l’identité professionnelle ; – une phase d’application de la méthode-type, donc étendue à l’ensemble du personnel de la Maison ; – une phase où des thèmes relatifs à l’identité professionnelle ont été introduits dans les ordre du jour des séances (projet individualisé, travail de groupe, le rapport aux familles, les règles de vie, l’efficience des pratiques éducatives, le rapport à la théorie) dans l’objectif de réécrire le projet d’établissement ; – enfin, l’accompagnement dans la mise en œuvre de pratiques nouvelles.

 

Reculs et avancées en SP

    Les séances durent en général une heure trente, deux heures lorsque les participants sont nombreux. Après lecture du compte-rendu du cycle précédent et des réponses s’y rapportant, l’ordre du jour est généralement rapidement établi par les enfants et adolescents[28] eux-mêmes (il comporte de trois à cinq thèmes), le contenu des séances leur appartenant en propre[29] ; un secrétaire et un animateur de séance se désignent : l’intervenant veille à ce qu’il y ait un roulement et les aide dans ces tâches.

La tonalité peut varier beaucoup d’une séance à une autre. Prenons des exemples. Lors de la séance de la Phase 2 (cycle 7), l’intervenant note[30] « une grande inquiétude dans le groupe car un incident s’est produit la veille au soir dans la chambre d’une adolescente où une paire de lunettes a été retrouvée cassée sans motif apparent ». Rien ne va donc plus dans ce groupe d’adolescentes qui se plaint « d’un risque de privation collective pour les fêtes de Noël ». Par ailleurs, « Les lampes de chevet n’ont toujours pas été remplacées.  Des vols dans les chambres se multiplient. Il y a beaucoup de chahut lors des repas. Malgré les promesses, il n’y a toujours pas de changement dans le choix des sorties les mercredis ». L’intervenant souligne la difficulté qu’il rencontre pour que les jeunes filles argumentent leur revendication et les assortissent d’éventuelles propositions[31] : « elles sont trop mal pour cela ».

La séance suivante (Phase 2, cycle 8) est autrement plus constructive : « On voudrait décorer la salle à manger, comme cela a été fait pour les couloirs dont les peintures refaites ont été respectées. Sept jeunes filles sur douze voudraient du rouge. On pourrait aussi manger en deux groupes pour qu’il y ait moins de bruit. On voudrait la clef de la salle de réunion pour faire de la danse : S. pourrait s’occuper de nous montrer les pas. Il faut des groupes de cinq à huit personnes, pas plus ! Si on avait des lits superposés dans les chambres, on aurait plus de place pour faire autre chose ».

Ces contrastes sont cependant relativisés par les aspects permanents liés à la structuration des séances et à leur contenu dont la liberté de parole est manifeste. Cette structuration   conduit en particulier à ce qu’aucune question soulevée une fois ne puisse être ensuite « enterrée » parce que chaque séance débute par la lecture du compte-rendu de la séance précédente : « Sur la réponse faite par le Comité de pilotage concernant l’organisation des sorties les week-end avec les éducateurs, le groupe reformule la question initiale : serait-il possible que les filles qui restent en internat le week-end puissent choisir elles-mêmes les lieux de sorties ? » (Groupe Adolescentes, Séance de la Phase 2, cycle 4). La réponse n’étant pas jugée recevable par le groupe, la question n’est pas abandonnée mais reformulée. Quant aux contenus, la lecture des comptes-rendus montre combien les thèmes abordés sont proches des préoccupations des jeunes : la télévision, les repas, les cigarettes, la vaisselle, les visites, la propreté, les habits, les insultes, les sorties, l’argent de poche, les amours, la sexualité. Il n’y a pas de sujets « tabou ». Lors de la même séance, il est dit (et écrit) un point de vue approuvé par d’autres : «  Le « flirt » est une chose normale à partir de douze ans ; il pourrait être autorisé, sans abus, c’est-à-dire que les relations sexuelles resteraient interdites ».

Avancées et reculs traduisent parallèlement les mouvements psychologiques en sens contraire que la clinique sociopsychanalytique constate dans les groupes homogènes constitués dans le DI. Souvent, une avancée psychosociale vers davantage de pouvoir sur ses actes « va entraîner des mouvements complexes tels que la dénégation de cette avancée, le silence, l’anxiété, voire l’agressivité ». La SP analyse ces mouvements « comme liés à une culpabilité » car « l’exercice du mouvement d’appropriation de l’acte est toujours vécu comme une transgression de l’autorité des figures parentales inconscientes » à un moment « où pouvoir hiérarchique et images parentales se retrouvent associées » (Mendel, Prades, 2002).

 

Présence des groupes-enfants et pratiques des éducateurs

    Trois groupes ont donc été constitués : un groupe d’enfants mixte, un groupe d’adolescents et un groupe d’adolescentes[32]. La lecture des communications écrites  fait apparaître  ces groupes comme des « analyseurs »[33] des contradictions du travail des éducateurs. Illustration : lors d’une séance les adolescents font une proposition d’achat d’une console de jeux vidéo. Plusieurs séances de travail sont consacrées à l’élaboration d’un argumentaire justifiant l’achat et proposant des modalités (règlement) d’utilisation. Contre toute attente, la réaction du groupe des éducateurs à la communication des adolescents est négative : les éducateurs sont réticents, hésitent à répondre comme si le sujet ne les intéressait pas, comme s’ils ne supportaient pas que les jeunes puissent élaborer par eux-mêmes et pour eux-mêmes un projet, d’autant qu’il a été rédigé en présence d’un intervenant étranger à l’institution. Comment ces adolescents si désorganisés seraient-ils capables de construire un tel argumentaire[34] ? Ce malaise, reconnaîtront les éducateurs, est « révélateur du fonctionnement institutionnel ». Deux mois après la demande et une réponse positive effectuée en dehors du dispositif de communication, la console n’est toujours pas à la disposition du groupe alors qu’il en existe une disponible dans le bureau du directeur, don d’un industriel local à l’institution. Situation en apparence incompréhensible tant elle apparaît comme un déni de la réalité, refus qui apparaît comme le symptôme du malaise.  Refusent-il de livrer la console parce qu’elle a été donnée et pas achetée ? Se sentent-ils dépossédés ? Ce refus est-il celui du dialogue avec les jeunes et la direction ? Se sentent-ils exclus d’un projet fait sans eux ?  On voit bien comment la présence de ces groupes de jeunes vient interroger la pratique des éducateurs. La comparaison des comptes-rendus des groupes d’enfants et adolescents avec ceux des groupes d’éducateurs ont montré leurs effets « miroir ». Il existe en effet un « parallélisme » entre les périodes de souffrance (ou de violence) et celles de relative accalmie (ou d’euphorie) comme si le comportement des uns entraînait celui des autres.

Notons, qu’ici comme lors de toutes les interventions sociopsychanalytiques, les demandes faites par les groupes de base ne sont pas toutes satisfaites, les désirs pas toujours exaucés mais cela ne conduit que rarement à la déception pour au moins trois raisons. La première est que ce dispositif est au long cours (plusieurs années) : les questions soulevées une seule fois ne sont plus jamais « enterrées ». Elles réapparaissent tant qu’elles n’ont pas trouvé de réponses satisfaisantes. Le va-et-vient des communications écrites qui oblige – séance après séance – à préciser toujours davantage les argumentations des uns et des autres, modifie progressivement la nature de l’échange (et peut-être aussi, peu à peu, celle des rapports sociaux): les usagers peuvent être conduits à comprendre les raisons des positions différentes d’un autre groupe ou de la direction (et inversement) sans pour autant s’y aligner. La seconde raison est que les refus sont toujours argumentés (rappelons-le) : l’intervenant du Comité de pilotage y veille. Ils ne sont pas reçus comme s’ils étaient le fait du Prince, de l’autorité et de l’arbitraire. Enfin, troisième raison : les refus sont compensés par des acceptations. De sorte que la désillusion n’advient que lorsque les usagers arrivent à avoir le sentiment qu’aucune amélioration n’est possible : « On ne peut rien faire » ou « ça ne sert à rien » disent-ils. Dans ce cas (c’est déjà arrivé), l’intervention s’arrête faute de participants. S’ils ne trouvent plus d’intérêt à venir, ils désertent[35].

 

Pour conclure : souffrance et organisation du travail

Rassemblons quelques éléments extraits de ces trois brèves présentations concernant des groupes situés à la périphérie du DI, ce dernier, rappelons-le, s’attachant en général à l’acte de travail (donc à celles des personnes qui travaillent dans les différents lieux examinés).

La première intervention, dans la Maison de retraite, témoigne de la nécessité pratique d’introduire des groupes de résidents. Ils contribuent à rappeler à ceux qui travaillent que les résidents sont au centre de la production de l’institution. Cette centralité témoigne d’une expérience commune faite de souffrances et de plaisirs, de régressions et de créativité dans une maison de retraite qui n’est pas un simple lieu de passage mais un espace habité. Cette question n’est pas que sémantique. Elle est au cœur de la réflexion du groupe des « habitants », pas seulement dans cette Maison de retraite puisqu’elle a pu également apparaître dans une autre au sein de laquelle l’ADRAP intervient. A propos de travaux réalisés dans l’établissement, un membre du groupe « résidents » a dit : « Le chef de chantier n’a pas l’air de se rendre compte que nous habitons ici. C’est notre résidence principale ; et pour beaucoup d’entre nous, il n’y en a pas d’autres ». « Nous comptons bien faire valoir le fait que nous sommes chez nous et qu’à ce titre, nous ne nous laisserons pas faire», semblent nous dire les « habitants ». Cette présence, que les communications écrites faites aux autres groupes rappellent, contribue aussi à accélérer, dans tous les groupes, le processus de « liaison » en œuvre vers l’acte entier de production de l’institution.

La deuxième intervention, dans l’institution accueillant des personnes handicapées mentales, montre comment le DI peut contribuer à la modification parfois radicale des comportements des personnes handicapées. Le groupe d’expression collective (ré)habilite ses membres en tant que sujets agissants en faisant émerger dans ces lieux de souffrances « des moments de vie » (selon l’expression d’une éducatrice).  Bien-sûr, souffrance et plaisir, ennui et motivation, répétition et création, forment la trame du drame de la vie, là sans doute plus qu’ailleurs. Le nouveau vient modifier l’ancien. La venue d’intervenants extérieurs semble, sur ce point, capitale : elle vient faire rupture avec la monotonie de la vie.

Dans la troisième institution, la Maison d’enfants, les groupes d’enfants et de jeunes viennent bousculer les pratiques des éducateurs. Le DI leur permet de se situer autrement, mieux, d’inverser les positions respectives des éducateurs et des adolescents : ces derniers deviennent rationnels alors que les premiers opèrent une régression. Malgré le placement et sa tendance à la stigmatisation, la souffrance de la séparation, leurs nuits agitées, rien n’est encore « joué » : tout est possible.

Mais, concernant les trois interventions, un point essentiel est à noter: le DI permet au groupe l’élaboration collective même lorsque les capacités de verbalisation sont faibles. La méthodologie liée à la venue de tiers, à la constitution de groupes homogènes et à une communication indirecte, produit des effets inattendus, tous porteurs d’une parole « instituante » (comme dirait l’analyse institutionnelle) créatrice de liens nouveaux. Elle permet l’ouverture aux autres, à l’extérieur, interactivité de l’acte au cours de laquelle s’exprime ce que Winnicott et Mendel ont appelé le « vouloir de création » (Mendel, 1999), créativité qui transgresse toutes les formes instituées d’être au monde[36]. La créativité résulterait de cet apport du nouveau dans l’ancien. Elle apparaîtrait comme une réponse à la souffrance (qui est toujours manque ou excès) sans qu’elle soit pour autant toujours en mesure de la faire disparaître[37].

Tous ces groupes apparaissent comme des groupes témoins au sens où ils rappellent aux agents leur présence ; ils les ramènent à la réalité, là où le travail si difficile, porteur de souffrance et de mort, conduit logiquement à s’abriter derrière toutes les formes et les stratégies de défenses individuelles et collectives, couvertes par les idéologies de défense (Dejours, 1996). Mais, on l’aura remarqué, la souffrance – si elle n’est évidemment pas niée – n’est pas traitée par la SP en tant que telle, comme elle l’est en psychodynamique du travail. On ne se polarise pas sur elle. Elle apparaît plutôt comme un état à dépasser qui serait moins à valoriser que le plaisir à promouvoir.

Paul Fustier (1993) a proposé quelques caractéristiques  qui distingueraient le « corridor » du « bureau », « c’est-à-dire l’accompagnement au quotidien du traitement ». Dans l’accompagnement de la vie ordinaire,  tout est placé « sous le signe du continuum : un temps s’écoule, qui dure, qui s’étend et qui s’étale ». Nous avons à faire à « un temps qui se prolonge » tandis que  le dispositif mis en place pour un traitement, quel qu’il soit, « fait coupure et séparation » : des règles particulières concernent ce qui s’y échange.  Ces dernières concernent pour l’essentiel, en SP, le travail du groupe dont l’homogénéité permet aux usagers d’utiliser plus qu’ailleurs leurs propres ressources pour résoudre leurs problèmes à condition toutefois que soit favorisée leur estime de soi, au lieu de l’abaisser comme il arrive souvent dans les institutions comme celles que nous avons évoqué plus haut.  La constitution même de ces groupes d’usagers et leur fonctionnement ont cet objectif. Mais il ne suffit évidemment pas de rassembler des individus pour qu’ils constituent un groupe. Ici, l’homogénéité du groupe (groupes souvent « naturels » qui ont déjà une existence) valorise la cohérence et la spécialisation de ses membres (y compris celles des usagers) et la centration de sa mobilisation autour de la « tâche » (l’acte de travail ou la vie institutionnelle)[38]. Sa production est liée à sa composition (homogène), aux motivations de ses membres (volontariat), elles-mêmes tributaires de la compréhension par ses membres du sens du travail du groupe (facilitée par son objet unique : réflexion sur la vie en institution) et au fonctionnement du groupe. L’homogénéité du groupe tend à égaliser et à dynamiser, pour créer ensemble[39].

Ce cadre d’intervention détermine la spécificité du travail de l’intervenant en SP qui est de s’occuper davantage des formes que du contenu : il est le garant de la méthode et laisse la propriété du contenu au groupe. Il interprète très peu et réserve ses analyses au travail en groupe d’intervention (Bitan, Rueff-Escoubès, 1997). Il écoute la souffrance vécue qui s’exprime mais évite de l’isoler pour au contraire l’inscrire dans le cadre d’une expérience collective. Il évite ainsi le repli sur soi. On comprend mieux pourquoi plus de trente résidents (volontaires) d’une maison de retraite ont participé à leur dernière réunion, et que les usagers, souvent victimes des logiques d’enfermement secrétées par les « institutions totales » (Goffman, 1968), y trouvent motivation, intérêt et plaisir.

« En agissant et en parlant, les hommes font voir qui ils sont, révèlent activement leur identités personnelles uniques et font ainsi leur apparition dans le monde humain » (Arendt, 1964).

 

 

 

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  • · Sociologue (Maître de Conférences associé à l’université Nice Sophia Antipolis, Laboratoire d’Anthropologie et sociologie LASMIC, coresponsable des formations supérieures à l’IESTS, Nice) et sociopsychanalyste (ADRAP).

[1] La sociopsychanalyse (SP), contrairement à ce que son nom pourrait le laisser penser, n’est pas l’application de la psychanalyse à la société. Elle essaie de rendre intelligibles les effets du monde social sur la psyché individuelle. « La part majeure de mon travail, écrit Gérard Mendel dans un texte inédit (Outsider) aura consisté à isoler, à étudier, la partie de la personnalité qui se forme non dans la famille mais dans les rapports sociaux (…). Durant des décennies, j’aurai essayé de décrire une personnalité psychosociale dont la logique de formation est toute différente de celle de la personnalité psychofamiliale qu’étudie la psychanalyse ».

La SP est une psychologie sociale, articulée à la psychanalyse, mais distincte d’elle autant par ses objectifs, sa logique interne que dans ses concepts. C’est pourquoi elle est plutôt réticente à utiliser la psychanalyse pour  l’approche des collectifs organisés, des entreprises, puisqu’elle a été inventée elle-même pour cela  (pour une perspective psychanalytique, voir Enriquez, 1992 ; Arnaud, 2004).

[2] Sur les différents aspects des nouvelles organisations du travail : Cohen (1999) ; Coriat, Weinstein (1995) ; Durand (2000 ; 2004) ; Terrier (2001).

[3] L’Association De Recherche et d’Action Psychosociologique (www.sociopsychanalyse.com) a été créée en 1990 par Gérard Mendel. Elle comprend actuellement sept membres dont quatre depuis une vingtaine d’années : J-M Foret, G. Hullin, A. Lombart et J-L Prades; les trois autres (D. Margulies, A. Scali et N. Verger) sont entrés plus récemment. L’intégration dans le groupe est assujettie à la demande de l’entrant et à une période d’observation plus ou moins longue jusqu’à la participation à une intervention. Psychologues, sociologues, travailleurs sociaux pour la plupart, leur formation spécifique en SP se fait essentiellement par leur participation aux interventions et aux réunions mensuelles du groupe. Toute intervention provient d’une demande institutionnelle, se traduit par un contrat et donne lieu à une rémunération.

[4] Pour une présentation plus détaillée et récente, Rueff-Escoubès, 2008

[5] Ce point fait de Gérard Mendel « un des rares auteurs en psychologie sociale clinique à accorder une place centrale au réel » (Lhuilier, 2007).

[6] L’intervention vise « à prendre part à une action en cours dans l’intention d’influer sur son déroulement » (Petit Robert).

[7] Propos rapportés dans Lombart, Prades, « Une intervention au long cours (1995-2005) », Prades, 2007.

[8] Un cycle est terminé lorsque tous les groupes se sont réunis, le dernier à le faire étant le Comité de pilotage, seul groupe hétérogène comprenant direction et responsable de service : par exemple, dans la Maison de retraite évoquée plus bas, il comprend le directeur, le directeur-adjoint, le médecin, l’infirmière-chef, la responsable de la vie sociale, la responsable des agents hôteliers et le chef de cuisine.

[9] La définition du pouvoir est psychosociale ; elle se différencie de celle, plus classique, du pouvoir des uns sur les autres, même si cette dernière acception est évidemment prise en compte.

[10] Dans une institution où l’Adrap intervient actuellement, il a été envisagé de créer d’autres groupes (non-salariés) en plus de ceux qui existent déjà : groupe « famille », groupe « résidents », groupe « bénévoles ») : un groupe « Médecins libéraux » et un groupe « Conseil d’Administration » (comprenant des membres sans responsabilité définie).

[11] Coutant I., Gollac M., « Travailler peut-il rendre heureux ? », Le Monde, 19 décembre 2009.

[12] Les Maisons de retraite en France peuvent avoir des statuts différents : publiques ou privées. Dans ce dernier cas, elles ont le statut d’entreprise ou d’association. Elles  accueillent les personnes âgées souvent dépendantes, qui ne peuvent plus vivre seules. La Maison de retraite où nous intervenons est une association financée par le Conseil Général (Département). Elle est conventionnée. Le prix de journée est assez faible. Elle accueille des personnes plutôt âgées (80 ans et plus), très dépendantes (maladie d’Alzheimer), qui  peuvent ou pas être financièrement prises en charge par la collectivité.

[13] Cette intervention a déjà fait l’objet de plusieurs présentations, sous d’autres angles, en particulier dans Prades, 2007.

[14] Cinq ans après le début de l’intervention, un groupe « Familles » a été créé à leur demande, relayée par le directeur. Comme le groupe « Résidents », il n’a pas accès aux comptes-rendus des groupes mais seulement aux réponses qui leur sont faites.

[15] C’est le cas pour tous les groupes non salariés.

[16] Sur cette institution et le point de vue de son directeur, cf. Prades, 2007.

[17] Cf. le premier chapitre de notre ouvrage, Prades J-L., Sociopsychanalyse et participation sociale, L’Harmattan, Coll. « Savoir et formation », Paris, 2011

[18] Il s’agit d’une Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) qui accueille ceux que l’on appelle les adultes « lourdement handicapés », personnes, selon la l’article 46 de la loi du 30 juin 1975, « n’ayant pu acquérir un minimum d’autonomie et dont l’état  nécessite une surveillance médicale et des soins constants ». Les « Maisons d’Accueil Spécialisées » ont été instituées juridiquement par le décret du 26 décembre 1978. La population des MAS regroupe majoritairement trois types de résidents : – des déficients intellectuels profonds ; – des personnes atteintes de handicaps associés ; – des handicapés physiques à la suite d’accidents graves ou de maladies massivement invalidantes.

[19] Présentée  sommairement dans Mendel, Prades, 2002 et sous un autre angle dans Prades, 2007

[20] Selon les termes de la demande d’intervention, Lettre à l’Adrap

[21] Note sur la phase exploratoire, Adrap

[22] A cette même époque, nous avons commencé une autre intervention dans le même type d’établissement avec un groupe de résidents. L’ADRAP a beaucoup regretté l’interruption de cette intervention une année plus tard pour des raisons indépendantes de sa volonté, en particulier parce ce qui se passait dans le groupe de résidents et des effets sur les autres groupes.

[23] Pour des raisons propres à l’institution, l’intervention a du être interrompue. Il a été demandé (personnel et résidents) qu’un intervenant de l’Adrap puisse continuer à venir pour le groupe « Résidents », donc en dehors du dispositif.  Ce qui a été fait et continue à l’être depuis plusieurs années.

[24] Comme presque toujours, le prescrit supplante le réel : « Le Conseil pose le principe que la recommandation se situe en amont et que toute référence ou procédure découle de recommandations établies au préalable ». « La recommandation est centrale (…) ». Elle « constitue le socle de la validation », CNESM, Note d’orientation n°2, 2006.

[25] Les Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) sont des établissements privés, associatifs, financés par le Conseil Général (Département) qui  fonctionnent en internat. Elles accueillent des mineurs (en général, garçons et filles) dont le placement a été ordonné par le Tribunal pour Enfants et/ou les services départementaux de Protection de l’enfance. Les enfants accueillis dans le cadre de mesures d’assistance éducative le sont à la suite d’une décision du juge des enfants. La capacité d’accueil varie suivant les établissements (en général de 12 à 50 enfants). La mission de ces établissements est la prise en charge globale de ces enfants en visant un retour en famille, l’orientation dans une famille d’accueil ou à terme dans un autre établissement. La durée de la prise en charge peut varier de quelques mois à plusieurs années. L’établissement où l’ADRAP intervient n’est pas « habilité justice » (ce qui signifie que les enfants et adolescents qui y sont admis n’ont pas commis de délits).

[26] Présentée dans Prades, 2007

[27] Lettre à l’Adrap

[28] La Maison d’enfants comprend trois groupes composés d’une trentaine d’enfants, adolescents et adolescentes. Ils ont été repris dans le DI. Par conséquent, ces trois groupes comprennent de six à dix participants suivant les séances et fonctionnent sous la forme du volontariat.

[29] Ce qui spécifie le rôle de l’intervenant (qui n’intervient pas sur le contenu des séances) contrairement à toutes les formes d’intervention psychosociologique proches de la recherche-action. Sur cette question,  Prades, 2001 a et 2001 b.

[30] La communication écrite est généralement rédigée par un membre du groupe sous le contrôle de ce dernier, sauf quand les personnes ne savent pas écrire. Le texte est parfois accompagné d’une note de l’intervenant qui rend compte du climat de la séance ou d’une question particulière : elle est soit diffusée à l’ensemble des participants au DI (avec la mention : « Note de l’intervenant ») ou seulement adressée aux membres du groupe d’intervenants.

[31] Le DI ne se substitue pas aux syndicats ou aux Comités d’Entreprise : il est le troisième canal de communication.

[32] Notons que, dans la logique du Dispositif,  la place des enfants dans une MECS n’est pas celle des élèves dans une école (Rueff-Escoubès, 1997) puisque le temps des séances se prend dans le premier cas sur leur temps de loisirs.

[33] « On donnera le nom d’analyseur à ce qui permet de révéler la structure de l’institution, de la provoquer, de la forcer à parler » (Lourau, 1970).

[34] Nous avons déjà constaté ce même doute des adultes quant aux capacités créatrices des enfants ; par exemple, dans « Le vouloir de création. Intervention ou recherche-action dans une école primaire », Prades, 2007.

[35] Ce cas de figure ne doit pas être confondu avec un autre mis à jour par la clinique sociopsychanalytique (que nous avons déjà évoqué plus haut) qui concerne le « recul » constaté des membres du groupe qui en viennent, contre toute attente, à nier les avancées et gains réels des séances précédentes. La SP l’interprète comme l’expression de la culpabilité des participants « à s’autoriser un pouvoir accru sur ce qu’ils font, c’est-à-dire pour la psychanalyse, à se confronter comme « égaux » aux images de la parentalité intériorisées » (Bitan, Rueff-Escoubès, 1997). Voir également, Prades, 2007 (Chapitre 3).

[36] « Le vouloir de création : un élan toujours sauvage (même quand il n’apparaît pas comme tel) en ce que, par sa nature propre, il violente ce qu’il touche, il transgresse les conventions, brise les cadres, ruine les modèles sur lesquels son vecteur (le sujet créateur) s’était d’abord appuyé, tue les pères que ces mêmes sujets avaient admirés. Il se situe hors loi, hors normes : il prend sa source hors sujet, hors inconscience, hors conscience. C’est ce qui subsiste de lui comme force non encore investie qui fait sa vérité (…) » (Mendel, 1998).

[37] Elle peut même, dans certains cas l’accroître (Michel, 2004).

[38] Objectivation par la tâche qui sépare de façon radicale l’intervention SP de la psychodynamique du travail  où la « perlaboration » (moment crucial de l’intervention comme en psychanalyse) est le fruit de l’intersubjectivité des travailleurs et des chercheurs.

[39] Pour Winnicott comme pour Mendel,  le « vouloir de création » est une force individuelle et on ne sait pas trop comment elle se conjugue avec la création collective. « Nous ne le savons pas avec précision. On peut toujours imaginer que, dans les groupes réunis par des affinités, sous l’effet dynamique de la concertation, se produisent des phénomènes d élaboration collectives identiques à ceux observés dans les groupes homogènes pour le mouvement d’appropriation de l’acte » (Mendel, 1998).

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