Le Dispositif d’expression collective des élèves sur leur vie scolaire (DECE),

au service d’une meilleure socialisation.

Le Dispositif d’Expression Collective des Elèves sur leur vie scolaire (DECE), construit au début des années 1980, appliqué depuis ce jour de la maternelle à la fin du Secondaire vise à répondre, de façon spécifique, à une mission fondamentale de l’école : la socialisation des jeunes.

Derrière le mot nous inscrivons l’apprentissage des rapports aux autres (pairs et adultes), du vivre ensemble, du penser collectif, de l’autonomie. Nous inscrivons aussi un rapport à la réalité plus objectif que fantasmatique, incluant la responsabilité assumée de ses actes. Nous inscrivons donc là aussi la formation du citoyen via l’apprentissage et l’exercice d’une parole réfléchie sur sa propre vie, inscrite dans le maillage d’un vécu collectif et social (pas seulement affectif).

Avant de voir en quoi cette parole est socialisante, voyons comment fonctionne ce dispositif :

La Méthode  (Un cycle TYPE du DECE) :

 TEMPS 1: le groupe classe échange librement sur sa vie scolaire.

Étape 1 :

– Les élèves se concertent en petits groupes constitués par ordre alphabétique.
– Ils échangent librement sur leur vie scolaire, entre eux, seuls, sous la responsabilité d’un intervenant qui pose le cadre et régule les échanges.

Étape 2 :

– Partage entre tous de la pensée des petits groupes et échanges en grand groupe.
– L’intervenant anime la discussion et aide à faire la synthèse des propos.

Étape 3 :

– Travail de communication aux enseignants et à l’administration
–  L’intervenant anime la discussion et aide à faire la synthèse des propos.

TEMPS 2 : communication à l’équipe enseignante et à l’administration.

– Communication orale, par l’intervenant-médiateur, à l’équipe enseignante réunie seule.
– Les enseignants échangent librement entre eux et répondent aux élèves via une synthèse rédigée en séance.
– Idem avec l’administration pour ce qui la concerne.

TEMPS 3 : les réponses sont communiquées aux élèves.

– Quelques semaines après, par l’intervenant-médiateur.
– Démarre alors immédiatement le second cycle : étapes 1,2,3.
– Trois, quatre, cinq cycles … suivront.

Le dernier cycle s’arrête au retour des réponses.

Les régulateurs ne peuvent pas être des enseignants ou des éducateurs, engagés dans l’école avec une fonction d’autorité ; devant eux les élèves ne pourraient s’exprimer librement, craignant le retour du bâton. Elle est donc appliquée en France par les conseillers d’orientation-psychologues et en Belgique par les agents des centres psycho-médico-sociaux, engagés dans l’école mais n’exerçant ni fonction de savoir ni fonction disciplinaire. En Argentine les régulateurs sont des travailleurs sociaux indépendants.

En quoi cette forme d’expression est- elle socialisante ?

– Un libre droit d’expression sur leur vie scolaire est reconnu aux élèves (à tous les élèves, de façon égalitaire), leur permettant de développer leur capacité à penser leur vie, par eux-mêmes et dans une démarche responsable. Avoir la possibilité de dire son mot sur ce que l’on vit peut être considéré comme un besoin fondamental de tout un chacun (Gérard Mendel parle de besoin anthropologique) qui permet de sortir d’une forme de frustration (se vivre comme privé de pouvoir sur sa vie) qui engendre des formes multiples de violence. Hors de la dépendance, du retrait, de l’opposition systématisée… il devient alors possible de se vivre comme partenaire de l’institution où l’on vit.

– Ce droit est assorti de devoirs : apprendre à dire avec des mots justes, expliciter sa pensée, se taire pour écouter l’autre, accepter les différences, oser la conflictualité et s’en enrichir, se re/mette en question… « C’est difficile » disent les élèves mais aussi « je suis arrivé à l’opposé de ce que je pensais et je suis content »

– Elle permet de sortir de la solitude (« Je ne suis donc pas seul à ne pas comprendre ? »), de l’individualisme, de la compétition en osant s’engager sur le voie de la coopération (« si tu veux je peux t’aider en maths »). Elle permet de sortir de la position victimaire (c’est la faute du prof si…), de la dépression et de la dépréciation de soi (« je suis nul »). Dire aussi l’avancée vers plus d’autonomie et de responsabilité (si le prof punit nous, élèves, y sommes pour quelque chose que nous pouvons et devons assumer).

– Elle permet donc de grandir et de retrouver, en particulier pour les élèves en difficulté, une certaine estime de soi. Elle permet de se placer plus harmonieusement dans le groupe où l’on vit.

Enfin – même si le DECE n’a pas été construit pour cela – il est une réponse à certaines violences scolaires. Il pallie aux défaillances liées à un certain déficit en socialisation où à certaines formes de socialisation questionnantes (individualisme, toute puissance du désir, consumérisme…).

L’application du dispositif nous donne à voir la diminution de certaines souffrances et violences scolaires : souffrance liée à l’échec, souffrance des inégalités sociales et du rapport au savoir, souffrance aussi du bon élève raillé pour sa réussite, souffrance globale de ne pas « voir le bout de ses actes » scolaires (« nous avons peur de l’avenir si nous n’avons pas de diplôme» disaient lors d’une séance des élèves de l’enseignement spécialisé)… Souffrance et violence du contexte engendrant d’autres violences. Elle nous donne à voir une meilleure ambiance de classe, des élèves plus impliqués, moins de moqueries… et une maturité insoupçonnée.

Où l’on peut donc voir que par le « banal » exercice d’une parole collective égalitaire (qui n’écrase pas cependant l’individualité du point de vue) sur la vie scolaire, enchâssée dans un partenariat avec les enseignants et l’administration, les élèves gagnent en maturité, en autonomie, en responsabilité. Faisant ainsi l’expérience d’un développement personnel et social particulier, ils découvrent le sens d’une citoyenneté engagée.

Quant aux enseignants dont nous n’avons pas parlé encore, ils disent et redisent, plus que leur difficulté à accepter la critique, leur plaisir à pouvoir échanger – ainsi – entre eux et avec leurs élèves.

L’actualité de la méthode:

Une certaine actualité scolaire (difficile relation à l’apprendre, absentéisme, incivilités et violences, communautarisme…) donne à penser la nécessité de « refonder » l’école y compris dans le champ de la socialisation mais la tâche est parfois difficile. Mais si, lors de la création du dispositif, les élèves entraient rapidement dans l’esprit de la méthode (un nouveau dialogue social) il n’en est plus tout à fait de même aujourd’hui et il est parfois difficile de faire cheminer les élèves dans ces nouveaux couloirs de pensée et de communication. Faut-il en conclure que le dispositif ne répond pas aux besoins actuels ? Non ; il conviendrait plutôt de renforcer ce type d’apprentissage. Nous le faisons en proposant plus de séances, en les accompagnant d’autres actions, en aménageant la méthode et en étant paradoxalement plus exigeant quant au respect des règles (on ne peut être libre que si cadre il y a et si le cadre tient !). Et, contrairement à ce qui pourrait s’imaginer, les élèves adhèrent !

La formation à l’application de la méthode:

Elle concerne en France les Conseillers d’orientation-psychologues et en Belgique francophone les agents des centres PMS. En France il convient de voir avec les réseaux de formation des personnels comment « monter » le stage. En Belgique, l’IFC organise la formation proposée par l’AFAPMS et assurée par Françoise Inizan-Vrinat de l’AGASP.

La formation type:

A) Le stage se déroule en trois périodes de deux jours pour lesquelles il convient de s’engager dès le début et pour toute la durée (La présence partielle est préjudiciable à la réflexion collective sur laquelle s’appuie cette formation).

– 2 jours de découverte de la méthode et de premières réflexions à son sujet.

Les stagiaires repartent vers leurs établissements scolaires où ils sont fortement invités à démarrer (seuls ou en duo) une intervention dans une classe.

– 2 jours de formation pendant lesquels nous travaillons ensemble à comprendre ce qui s’est passé, à partir du matériel rapporté par les stagiaires-intervenants.

Chacun, aidé par la formation et soutenu par le groupe, repart sur le terrain continuer son intervention.

– 2 jours identiques aux précédents….

B) Chaque demi-journée de stage se construit en trois temps :

– Exposé de la formatrice (1èresession) ou des stagiaires quant à leur expérience du DECE (2ème et 3ème sessions).

– Réflexion libre en intragroupes, autour de ce matériel.

– Retour en grand groupe et communication de cette réflexion collective

Réponses de la formatrice (réponses aux questions, apports théoriques circonstanciés, avancées dans les « subtilités » de la pratique…) et échanges.

La formation « adaptée »:

Dans la mesure où actuellement 6 jours de formation semblent souvent un obstacle à l’acception administrative du stage, la durée s’en trouve réduite.

– Une journée pour la découverte de la méthode.

Deux jours pour la deuxième session.

Les groupes de praticiens.

La formation se termine, chacun repart sur le terrain et la question est chaque fois : mais avec qui va-t-on parler de ce travail, de nos difficultés, de nos réussites aussi, avec qui penser de nouvelles interventions… ? De ce besoin sont nés les groupes de praticiens.

La pratique est de se retrouver, trois fois par an, pour échanger à propos des interventions en cours et en penser de nouvelles. Chacun apporte son expérience et le groupe décortique, supervisé par Françoise Inizan-Vrinat. Un nouveau groupe fonctionne actuellement en Belgique (deux bientôt ?).

Pour toute information, s’adresser à l’Agasp ou directement à f.inizan-vrinat@wanadoo.fr

AGASP ADRAP DÉSISYPHE Fondation Gérard Mendel
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