Une intervention sociopsychologique

 

La sociopsychanalyse institutionnelle, à la fois théorie et méthode de l’intervention en institution, s’inscrit parmi les différents courants de l’intervention psychosociologique, avec toutefois un accent mis sur le sociologique institutionnel préalablement au  psychologique.

Sa place parmi les autres courants de la psychosociologie française.

Un premier ouvrage collectif à l’initiative de Mendel, L’ intervention institutionnelle[1],expose et situe la sociopsychanalyse institutionnelle dans l’histoire de ces courants en France  et celle de ses précurseurs : Lewin, Moreno, Bion, Balint, Rogers, parmi les plus importants. Vingt ans plus tard parait un second ouvrage issu d’une thèse soutenue par  Jean-Luc Prades[2](2000), initiative accompagnée  par Mendel qui participe à la rédaction du livre:  Les méthodes de l’intervention psychosociologique,en 2002[3].

Gérard Mendel témoigne de sa préoccupation de positionner son approche et le travail d’intervention de ses équipes dans les mouvements de son époque, comme de s’en différencier, grâce à une analyse comparée des points théoriques et méthodologiques de chaque courant, le sien compris. Ce positionnement n’allait en réalité pas de soi, autant par le  fait que Mendel travaillait dans un relatif isolement, à la marge de l’institution universitaire, que parce que sa théorisation le différenciait des autres approches dans des registres particulièrement sensibles, comme ceux du pouvoir et de l’autorité.

 Rappelons ici les principaux courants, dans l’ordre où ils sont présentés dans l’ouvrage de 2002 :

– l’analyse stratégique ou l’approche organisationnelle de l’action collective, Michel Crozier, Ehrard Friedberg et Philippe Bernoux ;

– l’intervention sociologique, Alain Touraine, François Dubet, Michel Wievorka et Didier Lapeyronnie ;

– la socianalyse, Georges Lapassade, René Lourau, Rémi Hess, Antoine Savoye, Christiane Gilon et Patrice Ville ;

– la sociopsychanalyse insitutionnelle, Gérard Mendel et les principaux membres des groupes de sociopsychanalyse[4] : Claire Rueff-Escoubès, Mireille Bitan, Jean-François Moreau (Paris), Jean-Luc Prades (Nice) Maria Jose Acevedo (Argentine), Michel Parazelli (Québec) ;

– l’intervention psychosociologique, en psychologie sociale et en sociologie clinique, Gilles Amado, Jacqueline Barus-Michel, Jean Dubost, Eugène Enriquez, André Lévy, Vincent de Gauléjac, Florence Jiust-Desprairies ;

– l’intervention en psychodynamique du travail, Christophe Dejours, Dominique Dessors, Christian Jayet, Pascale Molinier et Joseph Torrente ;

– l’intervention en psychanalyse groupale, Didier Anzieu, René Kaes et André Missenard.

En regard de ces différents courants, la particularité de l’intervention sociopsychanalytique ou DIM[5] tient pour l’essentiel en trois points :

– du point de vue de sa construction : dans l’articulation recherchée et travaillée entre l’organisationnel en institution, tel qu’il met en jeu des collectifs de travail et des rapports hiérarchiques, et le psychique individuel – y compris la part de l’inconscient engagée dans un acte de travail – ; pour aborder cet organisationnel, une prise en compte directe de la division du travail dans la construction de l’organigramme de l’intervention ;

– du point de vue de la structure des groupes : les groupes institutionnels sont homogènes, du point de vue de la division technique et hiérarchique du travail ; le groupe intervenant est  collectivement  présent dans le travail avant, pendant et après les séances d’intervention, à l’exception du travail de l’intervenant seul sur le terrain mais se référant à son propre groupe de travail – auquel il fera part dans l’après-coup de sa conduite de la séance, des questions qu’elle lui pose, des hypothèses à propos de la séance suivante ;

– enfin concernant le travail de l’intervenant/e, par le fait singulier en pratique psychosociologique qui intègre la psychanalyse dans sa théorisation qu’il n’est jamais fait d’interprétation psychologique au cours des séances d’intervention. La raison fondamentale en est que la méthode ne vise pas la régression mais au contraire  une appropriation active du présent tel que le construisent l’acte de travail et ses enjeux dans l’institution : ce mouvement s’inscrit non pas dans la répétition mais dans la mise au jour d’un actuel nouveau.

L’ensemble de ces points concerne les règles méthodologiques spécifiques de la sociopsychanalyse que nous présentons dans la deuxième partie.

La sociopsychanalyse et les courants d’analyse psychanalytique des organisations.

En reprenant plus largement certains  points de comparaison entre une approche psychanalytique des organisations (ou institutions) et la sociopsychanalyse, nous pouvons repérer d’autres  différences de fond, concernant le diagnostic et le traitement de certains dysfonctionnements organisationnels. A la suite du remarquable ouvrage de Gilles Arnaud[6] qui présente de manière synthétique théories et méthodes sur le sujet, nous pouvons dire que l’écart principal est là celui de la référence sur laquelle s’appuie la compréhension  du centre de gravité du fonctionnement des organisations. Pour les  unes, les approches psychanalytiques, ce centre  se situe dans le mode de fonctionnement psychique  des personnes étudiées, y compris celui de leur inconscient, mode qui conditionne  les rapports organisationnels et leurs conséquences sur la marche de l’institution : la qualité et la place du ou des dirigeants deviennent ici nécessairement décisives, les solutions aux difficultés organisationnelles passeront par le recours à un psychanalyste – le plus souvent instruit ou formé par ailleurs aux problématiques managériales -, et à la qualité du transfert opéré sur lui. Pour l’autre, la sociopsychanalyse, c’est autour de l’acte et du mouvement anthropologique de  son besoin d’appropriation par tous les producteurs d’actes (c’est à dire toutes les personnes qui travaillent dans l’organisation, à quelque niveau qu’ils opèrent) que s’inscrit le moteur de l’intervention SP[7], car ce qui constitue la dynamique profonde de l’institution est l’organisation du travail et ce qui en découle : les modalités de la vie institutionnelle en regard de sa finalité, sa production. A partir de ce point de vue, la compréhension des processus en jeu dans la dynamique organisationnelle implique que toutes les catégories et niveaux « se valent », même si la spécificité de la ou des  hiérarchies est reconnue et préservée dans ses prérogatives de direction, en particulier concernant le domaine décisionnel. Le dispositif  collectif de l’intervention modifie en la diffractant l’intensité des transferts, portés moins sur les intervenants que sur leur groupe, et dont l’intégration progressive du  cadre prend le relais.  Pour le dire d’une manière simple et donc  réductrice, ce n’est pas l’identification au(x)  leader (s) qui organise la cohérence de la vie institutionnelle et de la psychologie  des travailleurs, c’est l’identification à l’acte final de l’organisation (son acte de production) via l’organisation du travail  – la participation aux actes partiels opérés par chaque groupe de métier -, que se construit et se mobilise la psychosocialité  de chacun.

 


[1] J. Ardoino, J. Dubost, A. Levy, F. Guattari, G. Lapassade, R. Lourau, G. Mendel, L’intervention institutionnelle, Payot, Paris, 1980.

[2] Membre du groupede sociopsychanalyse ADRAP (Association de Recherche et d’Action Psychosociologique). Jean-Luc Prades est par ailleurs sociologue, Maître de conférences associé à l’Université Nice Sophia-Antipolis , et membre du CIRFIP.

[3] Gérard Mendel et Jean-Luc Prades, Les méthodes de l’intervention psychosociologique,op.cit.

[4] Dont seuls sont cités les plus anciens ou ceux qui ont publié.

[5]  Dispositif Institutionnel Mendel.

[6] Gilles arnaud, Psychanalyse et organisations, Armand Colin, Paris, 2004. Le seul regret.

[7] SP : sociopsychanalyse. Pour alléger le texte, nous emploierons parfois ce sigle.

 

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