Les invariants

Quel que soit le type de l’intervention sociopsychanalytique, la méthode s’organise autour de quatre invariants : l’acte de travail comme objet de réflexion, les groupes homogènes de métier ou de niveau hiérarchiques comme unités de concertation, la communication indirecte et médiatisée par l’écrit comme mode de communication interne à l’institution, des règles méthodologiques particulières de fonctionnement au sein des groupes comme entre les groupes.

L’objet : l’acte de travail

Le DIM s’annonce et se réalise exclusivement à propos de l’acte de travail, ses tenants, ses aboutissants, son vécu par les personnes : toutes les questions et propositions le concernant, amont et aval compris, sont possibles dans la méthode, quelque soit le niveau institutionnel concerné. Par contre ce qui concerne le salaire, les avancements et la carrière, n’est pas abordé dans le DIM. Veiller aux limites de ce cadre est une des fonctions de l’intervenant.

Aux côtés de la hiérarchie et des instances institutionnelles (CA, CE, CHCT, syndicats), le DIM s’inscrit ainsi comme un troisième canal de communication au sein de l’entreprise ou de l’établissement, canal complémentaire, à vocation d’inscription au long cours.

L’unité : Les groupes homogènes de métier

C’est là le « maillon fort » du DIM, son unité de base. C’est probablement aussi son originalité, en tous cas d’un point de vue historique .
C’est dans ce groupe que se construisent des échanges libres, hors la présence de la hiérarchie, échanges alimentés par la connaissance commune et « au plus près » de la même activité professionnelle, qui permet aux participants de s’apporter des informations que souvent chacun possède par devers soi, persuadé que les autres les connaissent alors qu’il n’en est souvent rien, de construire ensemble questionnement et propositions vers l’extérieur du groupe (la hiérarchie dans un sens, la base dans l’autre). Réunis sur la base du volontariat après les quelques cycles de mise en route de la méthode, c’est par l’intérêt et le plaisir trouvé dans ce type d’échanges et les réponses qu’ils induisent que les participants reconduisent régulièrement ces rencontres et prolongent l’existence du DIM. Le film tourné dans l’entreprise de transports en commun rend directement sensible ce plaisir et cet intérêt, en particulier là chez les conducteurs de bus, isolés dans leur travail et qui ont enfin l’occasion d’en parler ensemble, et les ouvriers d’atelier, peu voire jamais consultés sur les difficultés et les améliorations à porter dans leur quotidien, et qui sont là en situation de le faire : le nombre des changements ainsi obtenus en quelques années dans cette institution dépasse plusieurs centaines.
« Groupes institutionnels homogènes » désigne plus largement les groupes intégrés au DIM ou au DECE, pour lesquels la communauté de travail n’est pas nécessairement celle du métier : classe d’élèves, groupes d’étudiants, de militants syndicaux ou de partis, groupes de malades ou de résidents, parmi les nombreux groupes rencontrés sur le terrain. Leur homogénéité l’est en fonction de leur place institutionnelle spécifique dans le découpage de la division technique, hiérarchique ou institutionnelle du travail, division construite en regard de la production de l’institution.
Les groupes homogènes d’un DIM sont présent à tous les niveaux de l’institution, depuis les « groupes de base » jusqu’au comité de pilotage, composé le plus souvent de tout ou partie de la direction ; ce dernier groupe est de ce fait relativement hétérogène ; son homogénéité tient à la fonction de responsable de chacun de ses membres et à son rôle décisionnel.

La communication indirecte

La communication est indirecte et médiatisée, de groupes à groupes, avec tous les niveaux de l’institution.
Après le temps d’expression interne aux groupes homogènes, l’ensemble des groupes qui participent à une intervention communiquent entre eux : cette circulation interne fait partie des buts de la méthode, elle en porte la dynamique. Il s’agit à la fois de développer les échanges professionnels de manière à enrichir les informations nécessaires à l’acte de travail de chaque catégorie, en amont et en aval, et de permettre à chacune de mieux se situer dans l’ensemble institutionnel, ensemble dans lequel s’inscrit son acte particulier.
Pour autant, l’unité interne à chaque groupe homogène doit rester préservée. C’est un repère identitaire professionnel, c’est le lieu du collectif, c’est un outil d’appropriation de pouvoir sur leurs actes par ses membres. Afin de ne pas défaire cette unité, la communication entre les groupes sera donc, d’un point de vue structurel, nécessairement indirecte et médiatisée.
Cette particularité étonne souvent : « Comment? On ne peut plus se parler directement ? ». Rappelons ici que ce mode de fonctionnement propre au dispositif institutionnel est très circonscrit dans le temps (une à deux fois par trimestre), que les échanges directs et personnalisés sont l’ordinaire du quotidien le reste du temps, et que c’est par les particularités de son organisation que le dispositif atteint ses objectifs. Cette communication spécifique se réalisera grâce à trois facteurs : l’écrit, la fonction du coordinateur de la méthode, le respect des règles.

– Communiquer par l’écrit : il s’agit ici d’une part des comptes-rendus collectifs réalisés par chacun des groupes homogènes au terme de sa séance de travail ; d’autre part des réponses données à chacun des groupes par la hiérarchie –communication verticale-, et parfois par les groupes de même niveau – communication horizontale. L’écrit permet d’éviter au moins deux situations préjudiciables au collectif : d’une part l’individualisation des partenaires, par ailleurs en situation d’inégalité quant à leur pouvoir institutionnel, individualisation qui fragilise les niveaux « de base » face à leurs hiérarchies ; d’autre part le retour en force des rapports de type psychofamiliaux, y compris des réactions immédiates, impulsives – dont celles des personnalités pathologiques – réactions à dominante subjective, non élaborées ni travaillées par le groupe : un recul de l’objectivation du réel dans la vie institutionnelle. Dans quelques rares exceptions le recours à la communication orale est indispensable : élèves de maternelle et du début du primaire, certains adultes handicapés ; les procédures de transmission restent cependant les mêmes.

– S’appuyer sur le rôle du coordinateur : La fonction de ce dernier dans la mise en place de cette seconde phase du DIM (la communication) est indispensable. C’est à lui que les comptes-rendus des groupes sont remis et portés à leurs destinataires, le comité de pilotage en tout état de cause, le plus souvent également les autres groupes intégrés au DIM. C’est lui qui apportera les réponses aux membres des groupes. C’est encore lui qui assurera l’organisation concrète du DIM dans l’institution : dates des cycles, locaux, les uns et les autres compatibles avec le fonctionnement quotidien de l’institution. Le coordinateur fait partie de l’institution, dans une place non hiérarchique mais généralement fonctionnelle (un formateur par exemple, une secrétaire de rédaction, une psychologue), il est préparé à son rôle et soutenu dans celui-ci par les intervenants.
Le comité de pilotage se réunit pour sa part en dernier dans le déroulement du DIM, de manière à recevoir tous les comptes-rendus de l’ensemble des groupes. Après avoir consacré une première partie de sa réunion à réfléchir son propre fonctionnement, le comité prend connaissance de chacun des comptes-rendus et y répond collectivement, ce qui peut demander une ou deux séances de travail. Les réponses doivent être argumentées, qu’elles soient positives, négatives ou informatives. Elles sont également transcrites, puis leur ensemble est confié au coordinateur pour être distribuées à chacun des membres des différents groupes du DIM (par exemple dans leurs « casiers »). Le temps pris pour répondre aux groupes par le groupe de direction ne doit pas excéder deux à trois semaines selon les institutions. La lecture collective des réponses du comité de pilotage sera le premier acte des groupes au prochain cycle du DIM.

Respecter des règles spécifiques à la méthode.

Le respect des règles de la méthode conditionne sa cohérence et son résultat. Ces règles concernent le fonctionnement interne aux groupes homogènes et les relations entre ces groupes Rappelons-en les principales, véritables piliers de la démarche sociopsychanalytique et de sa pratique.
Mêmes droits et mêmes devoirs pour tous les groupes en intervention, quelque soit leur niveau hiérarchique : droit à l’expression libre de tous les participants dans le cadre de leur groupe, devoir de répondre à toute question posée. Il n’y a pas de sujets interdits, dans la mesure où ils concernent l’acte de travail.
Argumentations des réponses : toutes les réponses doivent être argumentées, qu’elles soient positives, négatives ou informatives
Délais à respecter : le délai des réponses du comité de pilotage dans le DIM ne peut dépasser deux à trois semaines;
Anonymat des comptes-rendus : les auteurs des comptes-rendus des groupes sont les groupes eux-mêmes, que désigne leur appartenance professionnelle ou hiérarchique ;
Pas d’attaques personnelles : expression et destinataires sont collectifs. Les désaccords, critiques et reproches s’adressent, au même titre que les satisfactions et les propositions, à la catégorie concernée et non à des personnes. Les formulations doivent être recevables, de part et d’autre.
Sauf pour la hiérarchie, la participation au DIM se fait sur la base du volontariat  (à l’exception des séances de mise en place de la méthode).
La composition des groupes reste stable, autant que faire se peut.
Tout participant ou tout groupe peut cesser de participer au DIM quand il le souhaite. Il lui est alors demandé, dans la mesure du possible, d’argumenter son départ, de manière à rendre celui-ci compréhensible pour les autres participants.

AGASP ADRAP DÉSISYPHE Fondation Gérard Mendel
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