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L’institution (le terme d’organisation
peut être aussi utilisé) désigne pour nous
toute structure ayant pour objet la réalisation de finalités
sociales et/ou économiques, et dont le mode de fonctionnement,
habituel dans notre société, découle, notamment,
de deux principes majeurs : la division technique et la division
hiérarchique du travail.
L’enjeu essentiel, pour toute organisation, c’est la
construction et la mise en œuvre d’une collaboration
nécessaire et efficace entre les différents métiers,
les fonctions, les niveaux hiérarchiques…pour réaliser
ses finalités, quelle qu’en soit la nature : produire
des biens matériels, proposer des services, offrir des soins
aux malades, dispenser un enseignement et préparer des diplômes
etc.L'Agasp-Groupe Desgenettes, durant les trois
décennies de son existence, a acquis une connaissance approfondie
de la dynamique du fonctionnement institutionnel, grâce à
la multiplicité des interventions – plusieurs dizaines-
menées dans des secteurs très variés du champ
social : entreprises, institutions éducatives, de la
Maternelle à l’Université, secteurs médical,
médico-social et socio-éducatif, instances syndicales
et politiques, collectivités locales…
Les autres groupes, plus récents, oeuvrent dans le même
sens |
| Quels sont les éléments
théoriques qui sous-tendent nos démarches de terrain ?
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Notre approche s’attache
à comprendre les effets du fonctionnement des institutions
(lieux où l’individu rencontre le social) sur le développement
d’une dimension importante de la personnalité des individus
concernés.
Cette influence du social sur le psychologique commence
très tôt dans notre société où la
plupart des jeunes enfants sont accueillis dans des institutions éducatives
(crèche, école maternelle) et, donc confrontés,
hors de leur famille, à des cadres structurels, des règles,
des modes de fonctionnement, des rapports d’autorité
et de pouvoir…qui orienteront grandement leur évolution
personnelle. Celle-ci, plus tard, sera tributaire d’autres institutions,
notamment les organisations de travail, dont le fonctionnement conditionne
la manière dont chacun peut exercer ses activités et,
ce faisant, développer ce registre de la personnalité
nommé par G.Mendel le « Moi psychosocial »,
qui se construit dans les rapports de l’individu aux
réalités de son environnement organisationnel et social. |
| Ainsi, est-il pertinent de distinguer deux
dimensions complémentaires de la personnalité :
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d'une part le mode
d’organisation et de fonctionnement psychologique (auquel il
est fait référence le plus souvent) issu du cadre familial
et des rapports intersubjectifs vécus et mis en forme durant
la petite enfance, et dont la psychanalyse, notamment, a su explorer
les fondements. Ce registre est celui que G.Mendel nomme « psychofamilial »,avec
l’instance psychique correspondante, le « Moi
psychofamilial ». A ce versant se
rattache la question de l'autorité, à
laquelle G.Mendel a apporté un éclairage décisif
dans son oeuvre (cf notamment : Mendel Gérard (2002) Une
histoire de l'autorité, Paris, La Découverte).
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d'autre part, le domaine de la
« psychosocialité
" , dont nous avons commencé à évoquer
ci-dessus certains déterminants liés aux rapports individu-organisation,
et domaine de l’instance du « Moi psychosocial ». |
| Nos interventions de
terrain visent donc à permettre le développement de
la personnalité psychosociale, et nous nous appuyons
sur deux concepts nouveaux pour rendre compte du sens de cette pratique.
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| Ier concept :
l’actepouvoir |
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| L'actepouvoir
spécifie le lien consubstantiel entre l'acte et le
pouvoir qu'il produit ; toute activité
humaine modifie son environnement et, de ce fait, crée tout
à la fois un pouvoir sur cet environnement et un rapport psychologique
spécifique à cette réalité sur laquelle
l’acte donne prise, contribuant ainsi au développement
du « Moi psychosocial ». |
| L’actepouvoir a le plus souvent
une double composante, individuelle et collective : |
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- individuelle :
le développement psychomoteur, langagier et cognitif du jeune
enfant lui assure, progressivement, une certaine maîtrise de
ses rapports au monde réel qui l’entoure. Cet actepouvoir
individuel recouvre aussi l’exercice de nombreuses activités
de la vie d’adulte (culture, sport, loisirs, bricolage…)
y compris dans le champ social : toutes les professions exercées
à titre individuel (artisanat, professions libérales…)
en sont de bons exemples ; |
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- collective :
la plupart des activités sociales s’exercent dans le
cadre d';institutions dont le fonctionnement implique des formes collectives
d’organisation et d’activité en vue de finalités
précises, par exemple construire des bâtiments ou des
voitures, former de futurs diplômés, soigner des malades,
produire un journal… |
| Par ailleurs, l'actepouvoir
comporte deux dimensions : |
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-
le pouvoir sur l'acte, qui rend compte du
degré de maîtrise, très variable selon les circonstances,
dont peut disposer un individu sur son activité, en fonction
par exemple de son niveau d'information, de ses marges d'action; |
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- le
pouvoir de l'acte : l'acte produit toujours
des effets sur l'environnement, d';ampleur variable selon sa nature.
Une question se pose en corollaire : jusqu'à quel point
l'auteur (ou les auteurs) est-il en mesure d'identifier les effets
de son acte, de suivre leur progression et, le cas échéant,
d'en bénéficier dans son développement psychologique?
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| Dans un contexte organisationnel
favorable (assez rare aujourd’hui) permettant au sujet de disposer
d’une certaine maîtrise sur son activité professionnelle,
le plaisir, la motivation, la créativité, le sens des
responsabilités se développent en corollaire à
l’actepouvoir. A l’inverse, l’absence de pouvoir
entraîne l’insatisfaction, le désintérêt,
voire la souffrance au travail. |
| 2ème concept
: le mouvement d’appropriation de l’acte |
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Il complète
le premier.
Le mouvement d'appropriation de l'acte,
qui exprime la dynamique de la relation du sujet à son actepouvoir.
Ce concept désigne la manifestation d’un mouvement anthropologique
fondamental, porteur du besoin, pour chaque sujet social, de s'approprier
et de préserver, à propos de ses activités sociales,
notamment professionnelles, le maximum possible du pouvoir de son
acte, dans sa triple composante – les conditions de réalisation
(notamment l’organisation du travail), le contenu, les effets
extérieurs ; de ses actes. |
| Le mouvement
d'appropriation de l'acte, se manifestant individuellement
et collectivement, est le « moteur » du fonctionnement
de notre dispositif d'intervention ; il lui imprime sa dynamique.
Ce mouvement sous-tend le développement des processus psychosociaux
spécifiques à l’œuvre dans nos interventions.
C’est son expression, inscrite dans le cadre structurant de
notre démarche, qui permet aux acteurs d’éprouver
une plus grande satisfaction au travail, une motivation et un sentiment
de responsabilité accrus, ainsi que la nécessité
de coopérer plus efficacement avec les autres acteurs pour
mener à bien la finalité de leur travail via celle de
l’organisation concernée. |
| Notre dispositif d';intervention
a donc pour objectif, en agissant sur l'organisation du travail, de
permettre et de renforcer, selon des modalités précises,
l’expression du mouvement d'appropriation de l'acte,
en tant que support d'une plus grande maîtrise de leur actepouvoir
par chacun des acteurs concernés. La possibilité
d'inscrire ce processus dans une certaine durée (au moins quelques
mois) permettra aux participants de ressentir les effets d'un enrichissement
de leur personnalité sociale. |
| Il faut noter que les
conditions d'émergence et de maintien de ce processus dépendent
pour l'essentiel de deux facteurs qui se situent sur deux plans différents :
d'une part, les possibilités (organisation du travail, fonctionnement
de la voie hiérarchique) propres à l'institution considérée,
d'autre part, pour les acteurs, la capacité de dépassement
(avec l’aide de nos intervenants) d’un sentiment inconscient
de culpabilité lié à la manifestation du mouvement
d’appropriation de l’acte. |
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