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Dispositif de concertation et de négociation de groupe à groupe   cliquez pour imprimer la page MAJ 26 / 08 / 06
 
 
 
 
 
 
APECE
   

À Montréal, à l’initiative de Michel Parazelli, professeur-chercheur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal, un dispositif inspiré des expériences du groupe Desgenettes a été mis en place auprès des jeunes de la rue. Sous le nom de Dispositif de concertation et de négociation de groupe à groupe, il vise à e xpérimenter une forme d’action communautaire autonome favorisant l’autonomie sociale des jeunes de la rue et des autres participants dans le contexte d’un exercice actif de la citoyenneté à Montréal.

Concrètement, i l s’agit de développer des échanges sous la forme d’écrits accompagnés d’argumentations et renvoyant aux questions du groupe. Ces échanges peuvent déboucher sur des actions ultérieures mais demeurent imprévisibles étant donné que celles-ci reposent sur les désirs des groupes participants.


Expérimentée à Montréal depuis sept ans, l’application du dispositif s’est accomplie en trois moments distincts entre l’année 1997 et 2006. La première phase prit la forme d’un projet pilote (1997 à 1999) qui fut évalué dans le cadre d’une recherche postdoctorale (Parazelli, 2000). Le deuxième moment correspond à l’implantation et au développement du dispositif à la suite des recommandations positives des participants lors de l’évaluation. La durée de cette deuxième application fut de trois ans (2001 à 2004) et un groupe fut ajouté, celui des policiers. Elle fut possible grâce à une subvention de la Fondation de la famille McConnell. Une troisième application est en cours depuis 2004, bénéficiant d’une subvention du gouvernement du Canada jusqu’en 2006. Elle a fait l’objet à son tour d’une autre série d’améliorations du cadre toujours à l’aide d’une évaluation participative par les participants du dispositif (Colombo, 2004).
Ce dispositif, tel qu’il est actuellement appliqué à Montréal, est géré par le Collectif DéSisyphe. Il est composé de cinq groupes homogènes qui se réunissent à raison d’une fois toutes les 6 semaines pour les jeunes de la rue, une fois tous les 3 mois pour les autres groupes.
Les cinq groupes homogènes sont les suivants :
 
  • 2 groupes de douze jeunes de la rue (12 jeunes par groupe) sont sélectionnés par les organismes partenaires qui oeuvrent auprès des jeunes de la rue. Les critères sont les suivants : 15-25 ans, en rupture quasi-totale avec les institutions, qui ont développé un fort sentiment d’appartenance au milieu de la rue et un intérêt marqué pour s’impliquer dans le dispositif. Il a été proposé aux jeunes d’établir et de maintenir un contact dans les organisations communautaires ou d’autres lieux afin d’informer d’autres jeunes de la rue sur l’évolution des discussions et d’être eux-mêmes alimentés par d’autres jeunes de la rue.
  • 1 groupe d’intervenants jeunesse qui sont en contact direct avec des jeunes de la rue (10-15 intervenants) : 1 ou 2 travailleur(s) provenant de chacun des 10 organismes partenaires.
  • 1 groupe de policiers : 4 anciens policiers patrouilleurs, appartenant maintenant à la Section des stratégies d'actions avec la communauté du Service de police de la Ville de Montréal.
  • 1 groupe de responsables institutionnels  : 6 personnes représentant l’autorité institutionnelle, c’est-à-dire des acteurs qui sont susceptibles de modifier légalement le monde de la rue, à savoir : un membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, un fonctionnaire de la Ville de Montréal, un responsable du Service de police de la Ville de Montréal, un représentant de l’Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux; un représentant du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) et un représentant de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Précisons que le rôle de ce groupe n’est pas de prendre des décisions au sujet du dispositif, mais au sujet du monde de la rue, en concertation avec leur organisme ou service.
Le collectif DéSisyphe est un groupe de sociopsychanalyse garant de l’application adéquate du dispositif. Il est composé de personnes qui ont suivi la formation de régulateur. Il a la responsabilité de répondre aux questions administratives et théoriques qui se posent tout au long de la démarche ainsi que du soutien à la régulation en cours. Ce soutien s’effectue à la fin de chaque cycle de rencontres des groupes, sous la forme d’une séance collective de supervision. Ce collectif est aussi le gardien d’éventuelles autres applications du dispositif au sein des divers milieux au Québec. Il s’agit d’un travail collectif sur l’acte de travail de régulation principalement (et non exclusivement) à partir des transcriptions de réunions des groupes impliqués dans un dispositif de même qu’un travail d’analyse sur le travail collectif du collectif lui-même. L’objectif de cet acte de travail est de susciter un effort de création collective et de développement de la pensée ainsi que de construire une réflexion de groupe à d’autres groupes.

Deux personnes de ce groupe assurent ensemble la (co-)régulation des groupes homogènes. Cette équipe est garante de la méthode du dispositif, de son déroulement, de sa déontologie. Son rôle est triple :
 
  • Faciliter la concertation entre les membres des groupes.
  • Animer le temps de l’expression collective des membres des groupes.
  • Médiatiser la communication entre les six groupes concernés.

Enfin, une personne de ce groupe assure la coordination de l’application en cours. Elle a pour fonction de coordonner le fonctionnement organisationnel (logistique) et matériel (secrétariat, salles de réunion et enregistrements) du dispositif, de s’occuper des relations avec le bailleur de fonds et de faire le lien entre les différentes entités du dispositif.

Pour terminer, mentionnons que l’application du dispositif-Mendel au milieu de la rue a ceci de spécifique qu’elle s’applique au sein d’un milieu ouvert et non fermé comme une école ou une entreprise par exemple. Il est donc nécessaire de s’assurer que les organismes partenaires soient bien impliqués dans les échanges, et non uniquement leur délégué qui participe au groupe. Pour ce faire, à la fin d’une série de trois cycles, une réunion de concertation rassemble les gestionnaires des organismes partenaires (et non les personnes qui sont dans les groupes homogènes), afin de les concerter à propos des effets de ce dispositif, de sa pertinence pour leur organisme, de leurs éventuelles suggestions d’amélioration, ainsi que de leurs attentes de suites.